19. Turquoise

Me voici à nouveau avec un blog!

Et oui, cette fois, je veux parler de la couleur dans ma vie. Depuis que je suis toute petite, mes yeux se mettent à briller lorsque je vois des couleurs vives. Cela se voit aussi à ma décoration intérieure et à mon style vestimentaire. Les gens me voient venir de loin. On dit parfois que les vêtements font l'homme, mais avec moi, ce sont les couleurs qui me font.

Mes couleurs préférées sont le jaune, le rouge (foncé), l'or et l'orange. J'ai toujours été attirée par la chaleur, et ces couleurs chaudes me donnent du courage pour continuer à avancer, et de l'énergie pour continuer à fonctionner.

Je suis parfois triste devant les intérieurs dépouillés, les rideaux noirs et les pièces où tout est d'un blanc immaculé. Je ne m'y sens pas chez moi. Noirs, blancs, pour moi ils irradient la froideur. Ils me donnent littéralement des frissons.

Cette année, je suis mariée depuis 18 ans, et n'oublions pas la relation entre les chiffres et le turquoise. Il s'agit d'une couleur indienne populaire. Le dieu hindou Krishna est représenté avec cette couleur. La turquoise est un symbole de santé, d'équilibre et de stabilité. Ces trois mots ont été très centraux dans ma vie ces derniers mois: trouver l'équilibre et la stabilité dans mon processus d'adoption et aussi la (non-)santé avec laquelle j'ai lutté pendant la maladie d'Anne-Michèle. Je devais prendre soin de moi pour pouvoir soutenir Anne-Michèle autant que possible.

18 ans de mariage... Cela semble une éternité mais je me souviens du jour de mon mariage comme si c'était hier. J'ai été habillée par une dame indienne, elle m'a aidée à draper mon saree de couleur or, qui a été terminé en bordeaux. Juste avant, j'étais allée chez le coiffeur qui m'avait fait une coupe courte et moderne avec mes fleurs préférées: les célosias. Ces fleurs d'un rouge profond s'accordaient parfaitement avec ma tenue. Mon futur mari attendait nerveusement à la porte du magasin de chaussures de mon père. Ses yeux ont brillé à mon apparition. Il savait que j'allais m’habiller en style Indien, mais il n'avait aucune idée de ce que serait mon choix final. J'ai été soulagée quand il a fait un signe de tête approbateur. Mes genoux se dérobant, j'ai marché avec lui jusqu'à l'église, qui se trouvait à deux pas de la maison de mes parents. Pourquoi est-ce que je tremblait autant? Pourquoi j'avais les mains collantes? J'avais terriblement chaud. Certains nerfs ont dû me jouer des tours, mais maintenant je comprends aussi: se marier en vêtements traditionnels indien n'etait pas si evident. Je me suis alors surpassée, je me suis plongée dans ma culture indienne et sans m'en rendre compte, j'ai déclenché mon subconscient. Finalement, cela ne devait pas être un grand pas, mais plutôt la chose évidente à faire, car du sang indien coule dans mes veines. La cérémonie s'est déroulée sans encombre et mes enfants d'honneur d’origine indien, à qui j'avais également fourni des tenues traditionnelles, se sont comportées de manière exemplaire.

La veille, nous sommes allés à l'hôtel de ville. Il était initialement prévu que tout se déroule sur une seule journée, mais nous avons déplacé le mariage civil pour des raisons administratives.

Aujourd'hui, le lundi 25 juillet, c'est aussi le 41e anniversaire de mon arrivée en Belgique. Chaque année, je me sens mal à l'aise ce jour-là. Cette année, je suis moins affectée et je me sens plus équilibrée. Etienne et Viviane, le couple qui m'a fait venir en Belgique, m'ont rendu visite à la maison la semaine dernière. La rencontre avec mon mari et mes enfants a été très agréable. Quand ils sont partis, les larmes ont coulé. J'ai senti que ces personnes étaient très importantes pour moi. Ils m'ont pris dans leurs bras avant que mes parents ne puissent le faire. Pour moi, ils sont une pièce de puzzle d'une énorme valeur. Ils m'apportent l'équilibre d'une manière ou d'une autre, y compris le jour d’aujourd’hui, ma journée d’arrivée.

En même temps, je ne veux pas fêter mon anniversaire aujourd’hui. Je ne fête plus que ma vie a changé radicalement. Pendant des années, j’ai fêté 2 anniversaires: mon soi-disant vrai anniversaire et mon anniversaire de mon arrivée en Belgique. Normalement, j’ai mon anniversaire administratif au mois d’août, mais je ne fêterai plus ça non plus. Je mets plus d’attention aux dates que j’ai pu choisir: mon mariage, la naissance de mes enfants, … Et je fête ma vie, tous les jours.

Mariage à l'église le 17 juillet 2044
Viviane, moi et Etienne
Célosia, une de mes fleurs indiennes préférées

18. Even helemaal weg…

Après six mois de journées chargées (en émotions), je suis allée en Croatie pendant une semaine avec mon mari.

Juste avant notre départ, nous avons été invité à une garden-party chez des amis. Et y allant je pensais pouvoir m’y déconnecter et y avoir l'esprit libéré du problème de l’adoption. Cela m’est impossible il est réapparu lorsque j'ai rencontré un père adoptif avec sa fille chinoise. Et oui, je suis dans une phase où ce thème récurrent ne me quitte pas; je me lève et je me couche avec.. Une amie l'a formulé ainsi : "An Sheela, tu respires l'adoption."

Les dernières semaines de l'année scolaire ont été intenses. J'ai aussi participé à des réunions au niveau flamand pour arriver à donner une orientation positive à l'adoption en Flandre. Les réunions et les discussions ont été nombreuses et ont nécessité une certaine préparation. Les personnes qui lisent mon blog, et qui veulent donner leur avis pour améliorer les relations entre les parents biologiques, les adoptés et les parents adoptifs peuvent toujours m'envoyer un message.

En outre, je voudrais m'attarder sur le regard que je porte sur mon adoption après 6 mois. Depuis mon dernier voyage en Inde, j'ai souvent senti mon cœur battre la chamade ou ma sueur perler sur mon front, à des moments déclenchés, par exemple, par la vision d'un film indien. Mais la volonté et la force de trouver quelque chose de positif dans un film sur le trafic de prostituées en Inde m'ont fait réaliser que j'avais "franchi" plusieurs étapes dans ma quête de moi-même. Alors qu'auparavant, j'aurais pleuré toutes les larmes de mon corps, sans savoir d'où cela venait, je peux maintenant mettre le doigt sur les raisons profondes de cette réaction physique. Mon lien avec ma patrie est ancré dans mes gènes. Un certain Père Delooz (fondateur de l'agence d'adoption De Vreugdezaaiers) avait l’habitude de dire aux futurs parents adoptés: "Les enfants sont comme ils sont". Je crois que chaque être vivant réagit de manière différente. Les gènes et l'impact environnemental nous influencent. Même si, à mon avis, l'influence des gènes prévaut.

Mon cœur battait plus vite chaque fois que j'entrais dans un restaurant indien avec des amis ou des connaissances. J'abordais chaque nouvelle rencontre avec curiosité. Et ma tristesse a commencé à s'estomper. Je me suis sentie très mal, surtout après le décès de ma meilleure amie Anne-Michèle. Une thérapeute, également adoptée, à qui j’ai pu parler de cette souffrance m’ a beaucoup aidée à retrouver mon équilibre psychologique. Ce n'est qu'avec cette thérapeute que je me suis sentie en sécurité et que j'ai pu m’ouvrir, car je savais qu'elle, plus que quiconque, comprenait ce que signifie être adoptée. Des séances de massage, des promenades m’ont également beaucoup aidée.

En juin, je me suis rendue au Parlement fédéral accompagnée par des adoptés de différents pays où les députés ont reconnu à l’unanimité l’illégalité de certaines adoptions, ce qui m'a touché au plus profond de moi-même. Les heures et même les jours que j'ai consacrés à la préparation de cette importante résolution ont été récompensés en ce grand jour. Le fait qu'Etienne (mon père cigogne) et sa femme Viviane soient aussi présents m'a donné un peu de paix. Mais ma meilleure amie Anne-Michèle m'a énormément manqué. Pourtant, je reste reconnaissante pour ce qu'elle m'a apporté et m'apporte encore, même maintenant si elle est partie. Des larmes ont coulé sur mes joues lorsque les résultats du vote sont apparus sur le tableau.. Un mélange de tristesse, de reconnaissance et de joie m'a envahie. J’ai mis des jours à me remettre de mes émotions. Je n'étais pas seule. Plusieurs personnes se sont occupées de moi.

Dans les semaines qui ont suivi, j'ai terminé mon année scolaire et j'ai attendu avec impatience mes vacances. Je comptais les jours avant mon voyage en Croatie. Pour la première fois en trois ans, je partais en vacances seule avec mon mari. Dans l'avion, j'ai regardé par le hublot et je me suis dit : "Bonjour, Anne-Michèle, maintenant je suis plus près de toi, plus près du ciel” J'ai dû repenser au livre que Saartje m'avait recommandé: « Le conte de la mort »Ce livre m'a apporté la paix quelque part. Parce que la mort n'est pas une fin, c'est le début de quelque chose de nouveau. En ce moment, c'est la seule pensée qui puisse m'apporter un peu de réconfort.

En Croatie, je prends du temps pour mon mari, mais aussi du temps pour découvrir les environs:

La côte est à couper le souffle, avec des baies cachées entre les rochers. C’est idyllique. Nous marchons par 32 degrés C°, une épreuve pour le corps qui n'est pas habitué à fonctionner à ces températures. Porec est magnifique et nous nous détendons sur une terrasse avec vue sur la Mer Adriatique. Qu'est-ce qui me manque? Qu'est-ce qui me remplit de joie? Comment trouver cet équilibre entre les hauts et les bas? Un moment pour moi... Un moment loin de tout...

Nous nous amusons, nous ne sommes pas obligés de faire quoi que ce soit, nous n'avons pas de programme planifié mais nous ne sommes pas non plus le genre de personnes qui passent 5 jours allongés au soleil au bord d'une piscine. Le 7 juillet, cependant, nous avons planifié un voyage vers l'intérieur. Des touristes de différents hôtels y participent. Nous avons parlé français ou anglais et sommes entrés en contact avec des gens sympathiques. Deux dames attirent l'attention. Elles sont originaires du Royaume-Uni et sautent en l'air lorsqu'elles entendent que Boris Johnson vient de démissionner. C'est à ce moment-là que nous avons commencé à parler et il est apparu qu'une des femmes était une mère adoptive. Je suis perplexe. Chaque rencontre a sa raison d'être, et celle-ci, je ne l'ai pas vue venir. Peut-être que je n'étais pas tout à fait partie après tout...

17. Papa’s en vaders

Les papas et les pères

Le papa indien de mes rêves,

Plus,

Mon papa belge, parti depuis 6 ans,

Plus,

Le papa de mon coeur.

Le papa de mes rêves:

Mon père indien, c'est là que tout a commencé.

Et pourtant, j'y ressens beaucoup plus d'amour pour ma mère.

Que s'est-il passé? Pourquoi mon père est moins présent dans mes sentiments?

Mon père belge a repris le relais ici.

Je l'aimais tant quand j'étais enfant,

Il était mon rocher,

Mon grand soutien.

Et il y a bien sûr aussi le père de mes enfants.

Mon mari, l'amour de ma vie.

Il offre le nécessaire à nos enfants,

Ce qui n'a pas toujours été aussi évident avec moi dans le passé.

Récemment, j'ai aussi rencontré mon "père cycogne".

Un homme intègre, avec un regard critique sur le passé de mon histoire d'adoption.

Il était à mes côtés dans le bâtiment du Parlement jeudi dernier,

Et peut-être qu'il se sent responsable,

pour m'avoir fait venir en Belgique.

Maintenant, je ressens surtout une belle compréhension,

Et notre amitié en est une qui évolue doucement.

Ces 4 hommes, ont tous un rôle dans mon histoire.

Et petit à petit, je trouve ma place,

Dans chaque situation et dans chaque langue.

© An Sheela Jacobs, le 12 juin 2022

Avec mon papa en Belgique
Avec mon père cygogne Etienne à Bruxelles
Avec Ivan à Kolkata (photo prise en 2018)

16. Getuigenis

Chers lecteurs, chères lectrices,

Aujourd'hui, j'ai choisi de laisser la parole à mon "père cycogne" Etienne. Il m'a ramené de Kolkata en Belgique en 1981.

Je pense qu'il est intéressant de partager son expérience avec vous aussi. Chacun est libre d'exprimer ses sentiments, et puisqu'il occupe depuis quelque temps une place particulière chez moi, j'aimerais lui donner la possibilité d'envoyer ses mots dans le monde par le biais de mon blog. J'ai rencontré Etienne en janvier de cette année. Aujourd'hui, 5 mois plus tard, je suis heureuse d'avoir osé sonner à sa porte...

Namaste,

Début de l’année

Un jour apparemment comme les autres...

Le téléphone sonne et c’est Viviane qui se précipite sur celui-ci comme d’habitude.

Je n’entends rien mais à voir sa tête, je réalise qu’il se passe quelque chose d’inhabituel.

« C’est quelqu’un qui demande si tu as ramené des enfants de Calcutta en 1981» » et elle me passe le téléphone.

La dame au bout du fil m’explique qu’elle s’appelait Charmain et connaissait les prénoms et noms des quatre autres enfants. Elle ajoute qu’elle est à la recherche de ses parents biologiques et demande si nous n’aurions pas, par hasard, plus de renseignements.

Elle explique ne plus porter le prénom de Charmain et de s’appeler désormais An Sheela, une combinaison du prénom reçu en Belgique et le prénom de la part de sa maman biologique.

Comme cela est un peu compliqué, dans la famille elle deviendra « la copine de Bon-Papa»!

En fait, elle vient non pas de retrouver un accompagnateur mais deux car Viviane était du voyage et elle n’en revient pas.

Même si j’ai gardé le contact avec deux autres adoptés, c’est la première fois que je reçois un tel appel et pourtant, je les avais toujours espérés.

Nous bavardons un petit peu et convenons de la recevoir au plus tôt.

Entretemps, en bon détective, j’apprends qu’elle s’occupe avec héroïsme de son amie Anne Michèle Lahaye qui est atteinte d’une maladie incurable; cela lui vaudra de pouvoir non seulement rencontrer le roi Philippe mais aussi de pouvoir lui expliquer qu’elle s’occupe du problème d’adoptions illégales.

Quelques jours plus tard, elle débarque à la maison et nous faisons connaissance; ce qui frappe dès les premières minutes, c’est son sourire permanent, son dynamisme et sa joie de nous rencontrer.

Viviane expliquera à toute la famille que «la copine» est RADIEUSE!

Quelques jours plus tard, je fais le ménage dans mes photos et retrouve le groupe des cinq.

Je les lui envoie et cela la fait pleurer; ce n’était pas le but.

Je propose d’essayer de rencontrer mon ami Mon qui a également adopté trois enfants indiens et qui a effectué beaucoup plus de voyages que nous pour les Semeurs de Joie; il pourra probablement lui fournir beaucoup plus d’informations que nous.

Nous nous retrouverons très rapidement chez lui mais cette fois ci, nous ferons la connaissance d' Iris, l’amie de An Sheela avec qui elle va bientôt partir en Inde.

Effectivement Mon est une source inépuisable et sait tellement de choses anormales qu’il a décidé de couper les ponts avec les Semeurs de Joie dont il était pourtant l’un des plus actifs. 

Iris m’informe discrètement que Anne-Michèle vit ses derniers jours et que cela affecte fortement An Sheela et et je ne sais pas que faire au risque d’augmenter sa peine.

Toujours désireux de trouver des informations, j’essaie d’organiser une rencontre avec la responsable des Semeurs de Joie avec qui j’avais toujours eu de très bonnes et amicales relations; son refus de toute rencontre ne fait que me conforter dans l’idée que: «Une chose est claire: c’est louche».

Mon, informé de son refus, ne me laissera plus aucun doute à ce sujet.

Tous les jours pendant son voyage en Inde, j’attends avec impatience une publication sur son blog et me rends compte des hauts et des bas d’une telle démarche.

Je suivrai de la même façon les publications de son amie Renate en Corée.

Comme tout cela est difficile pour les deux parties concernées.

Entretemps, je publie de nombreuses photos sur le site “Children of Shishu Bavan” « et commence à publier quelques informations sous le titre : « I also have a dream », le rêve que tous ces adoptés puissent avoir accès à toutes les informations concernant leur origine et là en quelques semaines tout change: entre une religieuse qui ne veut rien lâcher pour protéger les mères biologiques, certains font mention d’un changement d’attitude radical et l’adresse email de la soeur semblerait maintenant connue et disponible sur simple demande.

An Sheela nous informe d’une nouvelle séance à la Chambre des représentants et m’y invite.

J’y suis bien à l’avance et me retrouve seul à la tribune spectateurs pendant de trop longues minutes et puis soudain, c est l’invasion et je ne réalise que très lentement que je suis entouré non seulement d’Indiennes mais aussi de 3 Guatémaltèques, d’une Coréenne et d’un garçon du Sri Lanka!

Au fur et à mesure de la séance, je vois des sourires, des pleurs de joie, des embrassades, des serrements de mains.

Au moment de la prise de parole du sénateur Michel De Maegd, tout le monde se lève pour bien montrer leur détermination au risque de se faire éjecter.

Je suis tellement ému que An Sheela me tapote l’épaule alors que c’est moi qui devrait la féliciter.

Quel personnage hors du commun!

Le projet de loi reconnaissant les adoptions illégales est adopté.

Et l’on me remercie de ma présence alors que c’est moi qui ai reçu un immense cadeau.

Je ne suis pas prêt d’oublier ce jour et votre joie.

Je remercie le ciel de m’avoir fait rencontrer An Sheela et ose espérer que nous pourrons encore faire une longue route ensemble.

Gros bisous,

Etienne

Le 22 mai 2022

Avec Anne-Michèle chez Le Roi Philippe:
elle m'a toujours poussé à faire un pas de plus...

15. En toute floraison

Le 18 mai 2022

Après un mardi spécial, je ressens à nouveau le besoin de mettre sur papier certaines pensées et certains sentiments. Comment je vais pour le moment?

Aujourd'hui, je m'arrête un moment. Juste pour un moment, rien ne doit être fait. Ce matin, je me suis levée avec des larmes aux yeux et un nœud dans l'estomac. J'ai réveillé les enfants et je me suis adressée à eux un par un, émue et reconnaissante. Pourquoi?

Quand je repense à l'année écoulée, je constate qu'elle a été très difficile, avec des émotions parfois vives. Je sentais au fond de moi que quelque chose était brisé, quelque chose que j'ai porté avec moi toute ma vie. En plus de cela, la maladie de mon amie m'a déstabilisée. Mais je me suis battue avec elle comme une lionne pour qu'elle puisse vivre le plus longtemps possible. Nous avons trouvé du réconfort chez l’une l’autre et c'était comme un soulagement de se soutenir et de se renforcer mutuellement, chacune dans sa situation difficile.

Mon adoption, mon désir de retrouver ma famille et surtout retrouver moi-même ont dégénéré en une véritable quête dont j'ai pu vivre la phase 1 en Inde cette année.

Quand je regarde maintenant avec du recul, j'avais besoin de cette période pour compléter certaines parties de mon histoire. La perte d'Anne-Michèle a sérieusement affecté ma confiance en moi, bien que cette confiance ait été au plus bas toute ma vie. Toutes les heures et le temps que j'ai consacrés à mes projets d'adoption et au soutien d'Anne-Michèle ont absorbé beaucoup d'énergie. Et même si je ne le réalisais pas, j'ai continué. Et j'ai continué à créer des attentes démesurées pour ceux qui m'entourent, en quelque sorte: Environnement, adaptez-vous à moi parce que j'en ai marre... J'en ai marre de m'adapter parce que j'ai été un caméléon toute ma vie. J'en ai assez de satisfaire tout le monde.

Mais aujourd'hui, je peux regarder en arrière avec compréhension. J'ai eu une période difficile, mais mon voyage en Inde m'a largement ramené à l'équilibre. Et c'est parce que j'ai pu combiner mon fonctionnement mental avec mes signaux physiques. Ce n'est que l'année dernière que j'ai commencé à comprendre ces signaux physiques. Le moment à la rivière Gandak et la rencontre avec Lucky m’ont apporté beaucoup. J'ai pu intégrer une partie de Muzaffarpur dans ma partie intérieure.. Et à la journée d'aujourd'hui, je peux dire vraiment que ceci est une révélation pour mon identité.

Ce matin, j'ai remercié mes enfants pour leur patience et leur compréhension. Quel effet mes sentiments et mes insécurités ont-ils sur eux? Qu'est-ce que cela doit être pour eux d'être les enfants d'une mère adoptive qui se cherche? Mon état émotionnel de ce matin m'a fait prendre conscience de l'importance de mes enfants pour moi et de mon désir de les protéger de la souffrance que je vis.

Gisteren was ik aanwezig in het Federaal Parlement, in het gezelschap van een aantal adoptiebelangengroepen en mijn ‘ooievader’. Etienne heeft me in 1981 naar België gebracht en ook al is het voor ons beiden moeilijk om te slikken dat ik slachtoffer ben van een adoptie met serieuze hiaten, toch heeft het weerzien ons gisteren dichter bij elkaar gebracht. Daarom, Etienne, een dikke dank je wel voor je steun en luisterend oor. Je hebt me naar België gebracht, in onwetendheid over het feit dat mijn adoptiepapieren niet waarheidsgetrouw zijn, toch stond je er gisteren, even geëmotioneerd als alle aanwezige geadopteerden, om hen en mij te steunen tijdens de stemming van de resolutie tegen illegale adopties. Ook dit moment was er eentje dat ik me nooit hebben durven voorstellen, of voor mogelijk had gehouden.

Etienne (le lendemain de la proposition de résolution contre les adoptions illégales à la Chambre des représentants):

Je ne réalise pas encore l'immense cadeau que j'ai reçu avec l'invitation à être présent à la session de la Chambre des représentants. Je suis extrêmement fier de vous tous.

Cela a fonctionné.

Les effets de cette mesure prendront beaucoup de temps, mais il faut qu'elle commence.

En tant que père d'une fille adoptée en 75, conseiller des Semeurs de joie pendant plusieurs années et traducteur du livre du Père Delooz, je dois admettre que je peux (et dois) vous donner beaucoup d'informations en tant que témoin.

Avec An Sheela, je vais voir comment nous pouvons y parvenir.

Merci beaucoup!

Les mots d'Etienne me touchent profondément. La confiance en l'autre grandit de jour en jour. Aujourd'hui, je le sens pour la première fois de façon vraie: je suis en toute floraison.

Etienne & An Sheela

14. Fête des Mères 2022

Pour ma mère en Inde

Très chère Mamatha,

Récemment, j'étais dans tes environs,

Mon voyage en Inde n'a duré que deux semaines,

Trop court pour te localiser,

Mais assez longtemps pour honorer davantage ta culture.

Je pense toujours à toi, depuis des années et des années,

Maman, c'est toi que je désire ardemment.

Malheureusement, je ne t'ai pas encore trouvée,

Et pourtant, je le sais: je suis connectée à toi par l'âme.

Mon enfant intérieur a besoin de toi, tu lui manques,

Pendant certaines périodes dans mon corps, il y passe des tempêtes.

Maintenant, j'en suis au point où je veux vraiment te rencontrer,

Pour te sentir, te ressentir et réchauffer nos coeurs respectifs.

Cette lignée de femmes, je la ressens inconsciemment,

J'imagine ta mère touchant ton front avec amour.

Quand le moment viendra-t-il,

Quand me gâteras-tu avec un geste pareil?

J'aime voler vers mon pays natal,

Alors, j’absorbe tout,

Mon cœur est comme un panier à bascule rempli d'amour.

J'espère qu'un jour tu y atterriras en douceur.

J'aime aussi prendre l'avion pour rejoindre ma famille (en Belgique),

Mais ensuite, je dois généralement récupérer,

Je ne veux pas dire que je ne les aime pas.

Je descends, sur un terrain qui est un étranger à mon corps,

Même si j'ai grandi ici.

Et j'ai gambadé ici.

Ma connexion la plus profonde est dans le Bihar,

C'est là que sont mes racines et ma base.

Je fais tout mon possible pour maintenir mon équilibre.

Quelque part dans le district Muzaffarpur - Bihar

Chaque jour, je relève le défi, ma chère Mamatha,

Et j'espère silencieusement que toi aussi tu embrasseras la vie,

Et que ton manque ne paralyse pas ton cœur, comme c'est parfois le cas pour le mien.

Nous sommes unies, mais en même temps très éloigneés,

Nous ne faisons qu'une, je suis ta fille et tu es ma mère,

Je t'aime,

En ce jour de fête des mères, mon cœur se plie en trois,

(Pliage 1 -) Je t'aime tendrement,

(Pliage 2 -) Mon cœur a aussi beaucoup d'affection pour ma mère ici présente,

(Pliage 3 -) Chaque jour, bien sûr, j'ai des tas d'amour pour ma famille,

Mon mari, mes enfants, il n'y a pas de limite à l'amour que je leur porte.

De la tristesse empilée, mais aussi de l'amour en abondance,

C'est sur ces mots que je termine cette note,

Mamatha, où que tu sois, porte-toi bien.

Ta fille,

An Sheela x

13. Attérir (2)

Suite du texte précédent (blog 12)

En 2020, j'ai à nouveau voyagé avec des étudiants dans le sud de l'Inde. Une fois de plus, les récits de traitements injustes envers les parias (intouchables) m'ont énormément choqué. Comment se fait-il que mon cœur se soit déchiré lorsque j'ai entendu cette injustice? Etais-je moi-même une personne paria dans le passé, ou dans ma vie antérieure peut-être? Mon corps a-t-il absorbé l'injustice et l'a-t-il bien cachée dans mon subconscient? Nandhini et le père Suresh ont eu le plus grand mal à me ramener à la raison. Très bizarre, cette émotion inexplicable.

Le voyage de cette année était d'une nature différente. Grâce à mon cours de l'année dernière à l'AFC - Pays-Bas, j'ai appris à écouter mes sentiments et aussi à aborder et nommer certaines réactions violentes. J'ai expliqué à Iris autant que possible des signaux que mon corps me donne. Grâce à ces techniques, je suis partie en Inde de façon plus consciente. Je fonctionnais à partir de l'émotion, du cœur. Et Iris m'a donné la bonne mesure à chaque fois, elle s'est occupée de la vision réaliste et nos deux approches se sont combinées harmonieusement. Mon moment sur le pont (qui était apparu dans mon rêve), c'était un moment très spécial. Mais aussi la rencontre avec Lucky était si intense que mon corps a pris le dessus. Mais l'avantage est que cette fois, j'ai pu placer mes émotions. Je pouvais tout comprendre beaucoup mieux.

Le fait que je n'ai plus de date de naissance, que mon âge est faux, que mon nom a été changé et que les traces de mes racines ont été effacées en déménageant autant que possible dans mon pays de naissance, me travaille encore. À l'âge de plus ou moins 41 ans (je ne connais plus mon âge exact), devoir poser des questions sur qui je suis, quel âge j'aurais maintenant et où j'ai été pendant ces 1,5 à 2 ans dans toute l'Inde, cela affecte mon identité. Et tout est facile à dire: laissez tomber, soyez heureux de ce que vous avez, regardez devant vous plutôt que derrière vous... J'invite ces personnes à se mettre à ma place, et à se donner tant de mal pour découvrir ce qui est évident pour beaucoup de personnes. Cette fois-ci, je veux prendre le temps d'intégrer, de comprendre et de nommer les choses, afin d'apprendre à mon corps: c'est bon, je suis en sécurité avec moi-même. Parce que c'est exactement ça le problème de beaucoup d'adoptés: la sécurité avec soi-même… Comment apprendrais-tu à l'accepter? Personne ne m'en avais jamais parlé, jusqu'à l'année dernière à l'AFC Pays-Bas.ste (ik weet mijn exacte leeftijd niet meer), vragen moeten stellen over wie ik ben, hoe oud ik nu zou zijn en waar ik die 1,5 à 2 jaar overal in India heb gezeten, dat hakt in op mijn identiteit. En het is allemaal gemakkelijk gezegd: laat het los, wees gelukkig met wat je hebt, kijk vooruit in plaats van achteruit… Ik nodig deze personen uit om in mijn schoenen te gaan staan, en zoveel moeite te moeten doen om datgene te weten te komen dat voor zovelen evident is.  Deze keer wil ik de tijd nemen om de zaken wél te integreren en wél te begrijpen en benoemen, zodat ik mijn lichaam kan aanleren: het is OK, ik ben veilig bij mezelf. Want laat dat nu net het probleem zijn bij veel geadopteerden: veiligheid bij jezelf? Hoe zou je dat leren aanvaarden? Bij mij heeft nooit iemand daar een woord over gerept, tot vorig jaar bij AFC Nederland.

Quand je suis rentrée chez moi, ma tête était toujours en Inde et mon corps en Belgique. J'ai eu besoin de plus d'une semaine pour atterrir. Pour moi, l'atterrissage a une double signification: pays de naissance et pays actuel, mais aussi équilibre entre deux cultures. Si j'atterris dans une culture, je rate l'autre, et vice versa. Les adoptés internationaux doivent faire face à cette position dispersée. Et cela reste un exercice difficile. Cette fois, mon enfant intérieur voulait rester en Inde mais mon cerveau m'a dit: il est temps de rentrer en Belgique. J'ose dire qu'avec les outils que j'ai appris, j'ai réussi à surmonter cette dernière semaine assez bien. L'Inde s'est répercutée: dans mes rêves, dans mes mots, dans mes remarques (parfois dures)... Et même si j'ai pu toucher des gens négativement ou positivement en agissant ainsi, j'ai le sentiment de m'être enrichie psychologiquement. Je me sens plus complet grâce à la visite du district de Muzaffarpur. Et même si je n'ai pas encore retrouvé ma mère, cette pièce du puzzle a une valeur énorme. Même une mine d'or ne serait pas en mesure de couvrir cette valeur 😉.

Je tiens à remercier tout particulièrement les personnes suivantes, du fond du cœur, pour leur soutien inconditionnel et leurs encouragements:

  • - Mon mari et mes enfants, pour m'avoir laissé partir
  • - Iris Neels, ma compagne de voyage et fantastique amie d'enfance
  • - Renate, ma camarade de blog, pour tous ses conseils, aussi dans les heures tardives
  • - Mes amis et followers, pour leur enthousiasme et leur compréhension

PS: Maintenant que je n'ai plus de date de naissance, et que je ne suis plus fan du 22 août, date à laquelle j'ai toujours espéré que ma maman en Inde pense à moi, je cherche une alternative. Fêter mon anniversaire, c'est comme me mentir à moi-même. Je ne suis plus lié à cette date. Quels conseils avez-vous ou quel type de journée me conviendrait plus? Je vous invite à poster vos idées dans les commentaires!

12. Attérir (1)

Plus d'une semaine après mon voyage, j'ai trouvé le temps et le courage d'écrire une suite à mon blog. J'ai eu du mal à trouver mon équilibre pendant cette semaine. Comment cela se fait-il?

Les deux semaines que j’ai vécu intensément dans mon pays natal, où j'ai renoué avec mes racines, ont été les deux meilleures expériences que j'ai pu vivre en Inde jusqu'à présent. Meilleur dans le sens où je me suis rapprochée de moi-même et où j’ai pris le temps d'absorber et d'intégrer la culture et l'environnement. Comment s'y prendre? Qu'est-ce qui a rendu ce voyage différent des précédents?

Mon premier voyage en 2003 avec ma mère adoptive, était un voyage pour découvrir mon pays natal. J’ai dormi dans un hôtel pendant deux semaines et, pendant la journée, je sortais avec les sœurs pour explorer la ville et les environs au sud de Patna. C'était un pur voyage touristique, rien de plus. J'ai eu l'impression inexplicable de reconnaître le lieu de l'orphelinat. Mais je n’ai rien fait de cette information.

En 2004, j'ai effectué mon deuxième voyage, dans le cadre de mon travail. Avec des étudiants, j'ai soutenu une école pour intouchables (hors castes) dans le sud de l'Inde. Là-bas, je me suis faite des amis pour la vie. Nandhini et le père Suresh étaient très proches de moi, ma confiance en eux et leur confiance en moi étaient indéniables et il faudrait beaucoup de choses pour briser ce lien. Je suis très prudente quand il s'agit de nouveaux contacts. Mon cœur a déjà été brisé une fois quand j'ai dû quitter l'Inde (parce que je ne l'avais pas choisi moi-même, et qu'on m'a arrachée à ma base, à mes racines), quand on gagne ma confiance, c'est aussi avec conviction que je me "jette" dans ce contact. J'ai conservé ce mode de fonctionnement pendant des années.

Après 2004, j'ai choisi de ne plus me rendre dans mon pays d'origine, car je donnait la priorité aux soins de mes enfants. Je pense toujours que c'était un très bon choix, car ils méritent la fondation qui m'a tant manquée.

En 2018, je suis retournée en Inde pour la première fois depuis des années en compagnie de mon mari. Il s'agissait principalement d'un voyage touristique, mais avec une escale à l’orphelinat Nirmala Sishu Bhavan à Kolkata (le foyer pour enfants de Mère Teresa). J'étais tellement nerveuse, peu sûre de moi-même et effrayée en même temps, que j'ai laissé l'entretien se dérouler. C'est Sœur Marianne qui était responsable, elle n'a pas cédé d'un pouce à mes questions sur mon passé. Je devais laisser le passé de côté, car c'était la volonté de Dieu que j'aille en Belgique, quel enfant chanceux j'étais... Je n'ai pu que constater que mon nom avait été changé à l’orphelinat de Kolkata. Pour le reste, il n'y avait pas de place pour découvrir plus de détails sur mon passé. J'étais très frustrée à l'époque, mais je n'avais pas les outils pour parler à travers moi.

Vous pouvez lire la deuxième partie dans la prochaine publication.

11. Suis-je célèbre ou ai-je une réputation douteuse?

Voici le cadre actuel pour écrire ce blog : dans le hall des arrivées de l'aéroport de Mumbai, avec vue sur les arbres, le petit cafétaria Chai Point et le stand de Street Food. Nous attendons notre correspondance pour l'Allemagne.

C'est le moment idéal pour écrire la suite de mon blog. Nous avons atterri sans problème de Patna ce matin. J'ai complété mon journal dans l'avion, et je viens de répertorier tous mes contacts en Inde et de faire un récapitulatif des événements les plus importants de chaque jour.

Voici ce que j'ai envie de partager avec vous. Mardi dernier, nous étions à Muzaffarpur pour la deuxième journée consécutive. Là, nous avons pu parler au SDO, the Sub Division Officer. Cette personne a une fonction administrative importante et peut consulter les listes de résidents dans le cadre des élections. Le vote est obligatoire en Inde. Nous lui avons raconté notre histoire, par l'intermédiaire d'un ami interprète. Après la conversation, nous avons souri et pris une photo ensemble. Le SDO a promis de faire de son mieux pour nous aider, mais les vacances de Pâques entraîneraient un certain retard. Du jeudi saint au dimanche de Pâques, la plupart des Indiens travaillant dans l'administration sont en vacances. Nous nous sommes dit au revoir avec un bon sentiment.

Le mercredi 13 avril, nous sommes retournées à l'orphelinat pour la dernière fois. Nous avons dit au revoir à Lucky et aux sœurs. Ensuite, nous avons mangé un délicieux burger végétarien dans le McDonalds de la ville. Nous avons terminé la journée par une sortie en bâteau sur le Gange, le fleuve sacré du pays. J'ai apprécié la cet endroit paisible sous le coucher de soleil. C'était le moment idéal pour se souvenir du décès de mon amie Anne-Michèle. J'ai, symboliquement, jeté des cœurs en bois dans le fleuve sacré, en souvenir d'elle mais aussi comme un signe fort qu'elle était la première amie qui m'a accompagnée en Inde en 2004. Elle a pris mon pays de naissance tel qu'il était, avec ses côtés négatifs et positifs. Je lui en suis toujours reconnaissante. Et je porte toujours son chaleur dans mon cœur.

Le jour suivant, nous avons fait une pause. Nous avons relu toutes nos informations, discuté des progrès et structuré les derniers détails. Soudain, le message est arrivé que nous étions dans le journal. Mes intestins s'effritent, je me sens mal et des larmes de peur coulent sur mes joues. Je voulais surtout éviter de mettre ma mère en danger, car un enfant qui a été donné en adoption est encore souvent considéré comme tabou. Nos amis nous ont donc conseillé de mettre la recherche en attente. Pourtant, je ne voulais pas prendre de décisions aussi radicales. Pourquoi nos amis étaient-ils si méfiants ? Vous devez comprendre un peu la culture indienne. Il faut être prudent car les villageois vivent encore selon le système des castes. Ce système garantit que les gens vivent en fonction de leur rang et, par conséquent, pas mal de personnes des rangs supérieurs méprisent les rangs inférieurs. Chaque grade a sa tâche. Les villageois sont souvent très pauvres et n'appartiennent même pas à un rang. J'ai le sentiment d'appartenir à ce rang hors-caste, mais ce sentiment n'est peut-être pas exact.

Nous avons décidé de ne pas répondre à l'article mais nous avons exprimé notre mécontentement par le biais de nos contacts. Apparemment, un journaliste était présent à la rencontre avec le SDO, bien que nous ne le sachions pas. L'article dramatise plutôt ma recherche et me dépeint comme une dame très riche. Il est clair qu'un certain nombre de choses ne sont pas tout à fait correctes, mais cela n'est possible que parce que je n'ai parlé à aucun journaliste. Nous tentons aujourd'hui de rectifier ce manquement en rappelant aux responsables leur devoir : ils ont publié l'article dans les médias à notre insu. Ils doivent maintenant s'assurer que l'aide est fournie. Puis-je transformer cette notoriété en un résultat efficace ? Est-ce que je vais rester célèbre ou ai-je une réputation douteuse dans le Bihar?

10. Don’t give up

Aujourd'hui, j'écris ce blog avec des sentiments mitigés. Mais ma persévérance a un creux. Heureusement, j'ai des gens gentils autour de moi. Ils me soutiennent, et continuent les recherches avec moi. Cette semaine a été très spéciale : découvrir l'environnement , découvrir le quartier de Muzaffarpur, ressentir beaucoup avec un peu d'espoir (sans désespérer).

Lundi nous sommes allés chez les sœurs à Muzaffarpur. Avec elles j'avais l'impression de rentrer à la maison. Nous avons été chaleureusement accueillies et avons reçu un délicieux repas. Le sourire chaleureux des sœurs là-bas m'a touchée. Bien qu'elles m'aient conseillées de ne pas chercher, je pouvais sentir qu'elles se soucient de moi. Je suis toujours leur fille. Je leur ai expliqué du mieux que j'ai pu ce que je ressens et pourquoi je fais cette quête. J'ai l'impression d'avoir vécu 40 ans de façon "incomplète". C'est ça qui me pousse à ne pas baisser les bras.

Nous sommes passés devant un village local, qui peut avoir un lien avec moi. J'ai un goût étrange dans ma bouche et je suis immédiatement tombée amoureuse du paysage : des champs, de nombreuses verdures, quelques huttes et parfois des maisons plus modernes. Je remarqua qu'Iris était regardée. Elle se sentit inconfortable. Je lui ai précisé que ce sentiment m'a poursuivi depuis 40 ans en Belgique. Pas mal de personnes se sont adressées à moi à base de ma la couleur de peau, ce n'était pas une bizarrerie. Plus loin, nous avons traversé un pont. Nous nous sommes arrêtés un instant et mon corps a réagi : jambes tremblantes, mon rythme cardiaque s'est envolé. Est-ce que mon corps savait que j'étais ici toute petite ou est-ce que je m'imaginais ça ?

Par l'intermédiaire d'un prêtre, nous sommes entrés en contact avec une dame qui pourrait être ma mère, même si le nom ne correspondait pas à 100 % . J'ai pensé que cela valait la peine d'essayer. Nous avons monté une scène : la dame en question était invitée à un endroit neutre, donc nous ne sommes pas allés chez elle. Dans un endroit neutre, un riverain a engagé une conversation avec elle. Nous l'avons attirée avec une excuse : elle recevrait un sac de nourriture. Je passais 'par accident' et la regardait un instant. J'ai remarqué immédiatement que ce n'était pas la dame que nous recherchions. Elle est partie quelques instants plus tard avec un sac de riz sur la tête. Grâce à moi elle avait encore de la nourriture pour quelques jours.

Mon cœur s'est serré un instant, même si je sais qu'un résultat immédiat n'est pas évident. Je suis allée dormir avec les sentiments partagés. Demain il y aura un nouveau jour. Je n'abandonne pas.

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